The Beatles: In My Life
Publié le 13/05/2006 | Commentaires (8)
Allez, là on s'attaque à du gros, la mort de McCartney ou plutôt les morts de McCartney, l'infortuné bassiste n'en finissant pas d'expirer à mesure que sont découvertes de nouvelles preuves, évidemment irréfutables, de son accident de voiture mortel, il y a de cela bientôt trente-sept ans... On ne vous fera pas l'injure de rappeler que Macca fit l'objet en 1969 d'une rumeur absurde qui, pas démentie à temps par l'intéressé, enfla tant et si bien que, pour un peu, on se prendrait à douter...
On remet tout à plat : le 12 octobre 1969, un certain Russel Gibbs, DJ d'une radio de Detroit, WKNR FM, est averti par un auditeur de la disparition de Paul McCartney dans un accident survenu au volant de son Aston Martin trois jours plus tôt, à cinq heures du matin, en sortant des studios Abbey Road. Aucun communiqué officiel ne venant confirmer la mort du gentil Beatle, l'info aurait dû logiquement tourner au canular pur et simple, ce qu'elle était finalement, ou au teasing commercial douteux, courtesy of Apple...
Pour notre plus grand bonheur, ce fut en fait le coup de départ d'un des bobards les plus coriaces du rock. A partir de là, une légion de fans se prit plus ou moins sérieusement au jeu et partit à la chasse aux indices... Impossible de tous les recenser, consultez les sites spécialisés sur cet abracadabrantesque épisode qui nourrit, aujourd'hui encore, les inquiétantes monomanies de quantité de fans obsessionnels dont il n'est pas interdit de redouter la compagnie, même virtuelle...
Premier détail : Paul aurait donc péri dans les flammes de sa voiture embrasée, sa mâchoire réduite en bouillie empêchant, of course, toute identification ultérieure du corps à un corps d'ailleurs jamais produit devant qui que ce soit (légiste, famille ou fan) mais bon, avançons... Réflexe naturel, John, George et Ringo décidèrent d'organiser un concours de sosies pour suppléer à la disparition de leur camarade. C'est un certain William Shears Campbell (on retrouve sa prétendue photo dans le livret du White Album) qui remporta haut la main la première place et qui, au terme de quelques retouches cosmétiques, officia dès lors à la place de Paul. Seule une micro-cicatrice au-dessus de la lèvre supérieure résista au scalpel savant du chirurgien, ce qu'attestent toutes les photos de William/Paul prises depuis. Imparable, non ?
Pour les plus sceptiques, des tombereaux de preuves furent rapidement produits, notamment en analysant plus précisément à en tout cas, plus subjectivement à pochettes d'albums des Fab Four et paroles de leurs chansons, au moment même où (encore une preuve !) Terry Knight, pas encore producteur des infâmes Grand Funk Railroad, sortait un single sybillin et funèbre à la gloire du bassiste de Liverpool, intitulé « Saint Paul »...
Les pochettes, donc, tout d'abord ; Paul, seul Beatle de profil sur Revolver, le visage couvert d'une écharpe et seul à porter un blouson à la fermeture éclair rappelant celle des sacs à macchabées sur Help, la fameuse pochette dite des bouchers, sa version censurée avec Paul dans un cercueil, les numéros de téléphone disséminés sur certaines pochettes (une fois ces numéros composés, on entendait « You're getting closer » and « Beware of Abbey Road »), etc. : tout est signe, tout fait sens, Paul est mort.
Évidemment, on s'en donna à cœur joie avec Sergeant Pepper's Lonely Hearts Club Band dont la pochette à où figurait, entre autres icônes mortes, Jane Mansfield (disparue dans un accident de voiture) à montrait un Paul tenant un instrument noir, mystérieusement auréolé d'une main funèbre (récurrente : cf la pochette de Yellow Submarine), se recueillant devant un parterre de fleurs jaunes figurant, de toute évidence, une basse mais aussi composant un « Paul ? » plutôt approprié... Au verso, la confirmation avec l'écusson de Paul, à le seul Beatle à tourner le dos ! à dont les trois lettres OPD signifient bien sûr « Officially Pronounced Dead » (pour les besoins de la démonstration, le fait que c'était surtout le sigle de l'Ontario Police Department fut ignoré)... Quant à la voiture tenue par la poupée assise sur la droite, c'est une Aston Martin, la voiture accidentée en somme, nous précisent certains exégètes de l'affaire, dotés d'une vue admirable... Et puis, pourquoi Paul ressemble à un mannequin de carton-pâte, alors que les trois autres Beatles sont, eux, légèrement de profil ? Et cette statue sous le « T » de « Beatles », n'est-ce pas Shiva, pointant un doigt destructeur vers notre pauvre Paul ? Et ainsi de suite...
Et puis il y a le White Album dont le livret intérieur Paul McCartney - White Albumreproduisait quantité de photos dans un noir et blanc sinistre... Cette photo (ci-contre, à droite) d'un McCartney qui danse, ignorant les deux mains squelettiques de la Mort s'apprêtant à lui enserrer la taille, tout de même...Mais c'est surtout la pochette de Abbey Road, moins riche que celle de Sergeant Pepper mais plus pertinente aux yeux de certains, qui fut considérée comme la plus indiscutable preuve de la disparition de Paul. Pieds nus, yeux clos, conduit par ses trois amis à John en sa tenue immaculée (Dieu), Ringo en noir dans le rôle du croque-mort et George dans celui du fossoyeur (le jean ?) à vers un improbable cimetière des environs, le faux Paul commet sur cette photo une erreur de taille : il tient sa cigarette de la main droite, chose improbable pour un gaucher... Et, qui plus est, son pas n'est pas calé sur celui des trois autres... Plus probant encore, enfin si l'on veut, la plaque minéralogique de la Coccinelle blanche sur la gauche, « LMW 28 IF », signifiant bien sûr « Living McCartney Was 28 If » soit que Macca aurait eu 28 ans s'il avait vécu jusque-là... Ou alors, « Linda McCartney Weeps » et puis la fin, euh, attendez, on a pas trouvé... Quant à la voiture noire sur la droite, c'est à n'en pas douter un corbillard (un fourgon de police, en fait)...
Pendant que certains fans faisaient analyser « scientifiquement » la tessiture de la voix de Paul avant et après sa mort présumée (et trouvaient naturellement des différences de taille), d'autres se lançaient à l'assaut sans fin des paroles des chansons des leurs idoles liverpudliennes. Là, le courage nous manque : à peu près toutes les chansons des Beatles, relues dans cette perspective macabre, font sens, du « He blew his mind out in a car » de « A Day In The Life » au célèbre « I buried Paul » (« Cranberry sauce », en fait...) prononcé par John à la fin de « Strawberry Fields »... Sans compter les bandes inversées...Bref, de quoi alimenter la rumeur pour des décennies encore... La morale de l'histoire ? Peut-être que tout ceci n'avait qu'un sens : Paul, bel et bien vivant, s'apprêtait alors effectivement à prendre ses distances avec le reste du groupe et notamment John... Celui-ci sut d'ailleurs exploiter avec sa légendaire causticité ce canular dans son règlement de compte post-Beatles avec Macca, le sanglant « How Do You Sleep ? » : « Those freaks were right when they say you was dead »...


