John Lee Hooker: Boogie Chillen

Un titre fourbe à fourche, ni boogie ni woogie (mais boogie quand même), deux incarnations.

At the beginning, comme toujours, le blues. Du Delta, a bit of country too, de boogie-woogie que le nom, piano et basse virés, riffé en guitare disto et grommelé par Hooker sur un beat fluctuant foulé au pied, 1948 : le rock matriciel.

1959 : pendant 10 ans, pour ne pas retourner à l’usine, Hooker a refourgué son titre sous 450 pseudos. Revoit ici sa copie pour une version plus grasse et plus courte, avec un hook "Boogie, chillen’!" appuyé. Original oublié illico.

1966 : Slim Harpo hijacke la mécanique de Hooker pour son "Shake your hips" comminatoire, pédale d’accélérateur enfoncée pour distancer la concurrence. Pas chien, reprend le titre original en 1970 et confirme en loucedé la gémellité.

1968 : Canned Heat trouve son hit dans une resucée molle du riff hookerien, falsetto à la Skip James, harmonica stoned et tambûr lysergique obsédant. Clôture du même LP avec 11 minutes de "Fried Hockey Boogie", du Hooker cramé au Sterno.

1968 : doublé boogie pour Love Sculpture, la bande galloise à Dave Edmunds reprend sur le même LP "On the Road Again"... et Harpo, avec un solo sixties psyché virevoltant comme une danse du sabre.

1970 : jackpot pour Norman Greenbaum qui bâcle un gospel pop pour rire et vend deux millions de copies. Hooker en soubassement insoupçonné et gratte hâbleuse mais, ouch, "I’ve got a friend in Jesus" quand même, les lyrics.

1971 : Canned Heat back on the saddle avec 11 minutes de "Boogie Chillen’ No. 2", le Boss à batterie-talon himself en guest, Vestine impérial, Wilson réveillé et Hooker, porté par les djeuns de LA, se fait presque hargneux, magistral.

1972 : le boogie hookerien tourne à plein, Led Zep le glisse dans son medley "Whole Lotta Love", les Stones choisissent le camp Harpo pour leur exil frenchy, son vintage swamp music, rythmique cliquetée dans moiteur du bayou.

1973 : ZZ Top pique le "howl, howl, howl" de la version Canned Heat, ajoute du gras, des grumeaux et des "Green Onions", un peu de sauce "Boom boom" du même Hooker, Gibbons marmonne texan et fait gicler son derrick, le boogie mis sous cloche.

1978 : R.L. Burnside capté en impro estivale par Alan Lomax avec sa famille à Independence, Mississippi, calme le jeu des blanc-becs et récupère la mise, avec un batteur de six ans et demi. Zéro vente, hein, pas de méprise.

1981 : Buddy Guy remise la pyrotechnie et, avec son pote Junior Wells, baisse les potards pour un hommage acoustique ému, très fin, d’un titre totémique appris à 13 ans. Cherchez pas l’harmonica de Wells.

1982 : George Thorogood tente la modernisation en mode biker, gratte chopper pétaradante sous acide, les Destroyers en petite forme, trahis par une prod 80s clinquante, basse absente et drums étiques.