Ma Rainey: See See Rider

Un titre déchiré entre blues et jazz, cent ans de garde partagée sur fond de félonie conjugale…

At the beginning, comme toujours, le blues. Avant même, les black vaudevilles, fin XIXe. Leadbelly, Blind Lemon Jefferson, Big Bill Broonzy disent preum’s. 1924, Ma Rainey, flanquée de Fletcher Henderson & Louis Armstrong, file en studio.

1950 : Ray en piano à queue trahi - parité oblige, la meuf a tous les torts, les images se font freudiennes "a pistol just as long as I am tall" & "kill my baby with a cannon ball". Garret, basse, McKee, gratte : une seule star, 20 ans.

1959 : Chuck Willis enturbanne le hit en swing strolly. Soudain, le folk revival, Mack McCormick pousse ses poulains, Hopkins y va de sa version talkin’ blues & injecte de la six-cordes dans un titre vampirisé jusqu’ici par le jazz.

1965 : béance créative chez Phil & Don qui, flanqués de bras cassés (James Burton, Jim Gordon, Leon Russel, Billy Preston), raclent les fonds de tiroir pour du beat & soul hyper pro, irrigué de fuzz beckien - à ça de la rave-up.

1965 : le titre menacé de phagocytage r&b pop jazzy par LaVern Baker ? Cher veut en croquer et expédie une version à 800 bpm pour son premier album solo, spectorisé par Sonny Bono aux potards - chant flegmatique, détaché mais sas rock franchi.

1965 : B.B. King muse sur un fond big band jazzy ? Mitch Ryder, ses Detroit Wheels sur les jantes, livre sa version fiesta sixties, hand-clapping, nappes d’orgue & chorus sautillant, le larynx barbelé à la fête. Blues et jazz boudent.

1966 : inéluctable, la reprise animale avec Burdon, en sécession imminente, en coryphée. Une formalité riffée en orgue, exhaussée par un solo destroy inopiné - entrain sacrilège aussi. Playback rigide, rigolard et j’m’en-foutiste.

1972 : Ritchie Havens, ok - mais Carl Perkins & Jerry Lee Lewis qui le coiffent au poteau, le King sonne la fin de la récré, serein. Février 1970 à Vegas ; là, 9 avril 1972, en Virginie. Fulgurant solo atomique de guitare Hello Kitty.

1974 : définitivement décomplexé, le blues volage braconne dans les contrées soul et blues sur-électrifié, chœurs moites et brass band, s’étire, se renie aussi - toujours. Roy graisse bien son tremplin à Telecaster, reste parcimonieux.

1987 : la traversée du désert 80s : Helm, Danko & Hudson au Shibuya Public Hall de Tokyo se lancent, comme au coin du feu, Jim Weider en renfort prend le premier solo, Fred Carter Jr. le second, en s’excusant, Weider clôt la jam de MJC.

2002 : madame au chant, Ted Braquemard croise le fer avec Dimitri : joutes virevoltantes diaprées de fulgurances, partage mature de l’espace, musicalité étourdissante. Blues cannibale bien sûr : de Ma Rainey, plus de trace aucune.