par l'auteur du Rock pour les Nuls

des 100 Meilleurs Albums de rock
de Take One, les producteurs du rock
et de Paul Personne, des vies en blues

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30-06-2008

Bloomfield Kooper Stills: Super Session (1968)

"Michael always had some kind of problem that he carried around with him; it's like a cross he enjoyed bearing (part of his American-Jewish suffering heritage). This time around he arrived with an ingrown toenail, which he kept insisting was gangrene. As soon as he walked in, he took the most expensive crystal bowl from the kitchen and soaked his big toe in it for an hour. His injured toe is immortalized in a photo on the back of the album for all you blues purists and foot fetishists. That first night in the studio, we got right down to business. Barry Goldberg, also late of the Electric Flag, came down and sat in on piano for a few tracks. We recorded a slow shuffle, a Curtis Mayfield song, a Jerry Ragovy tune, a real slow blues number and a six-eight fast waltz modal jazz-type tune, and in nine hours had a half an album in the oven...." (Al Kooper) Where: Recorded at Columbia Studios, Los Angeles When: July 1968 Who: Michael Bloomfield (guitar, keyboards, vocals), Stephen Stills (guitar, vocals), Al Kooper (organ, guitar, piano, keyboards, ondioline, vocals), Barry Goldberg (keyboards, electric piano), Harvey Brooks (bass), Eddie Hoh (drums) What: 1. Albert's Shuffle 2. Stop 3. Man's Temptation 4. His Holy Modal Majesty 5. Really 6. It Takes A Lot To Laugh, It Takes A Train To Cry 7. Season Of The Witch 8. You Don't Love Me 9. Harvey's Tune How: Produced by Al Kooper Up: sonorités cristallines stupéfiantes de la Gibson de Bloomfield qui attaque d'emblée en grappes généreuses de notes aiguës splendides, cris dans le studio, nappes de clavier de Kooper et basse impeccable, une expressivité rare de la gratte à la voix presque humaine les effets en moins, Michael en vitesse medium parfaite, la Gibson râpe, gratte ses aigus, un placement instinctif, Hoh en drums surdoués et pudiques, cuivres rajoutés en surcouche artificielle, on tire et étire quelques notes de bas de manches, appuyées ce qu'il faut par les cuivres de Kooper, un solo d'une beauté aveuglante, Mike, entraîné par la rythmique, perd un peu son calme, balance un aigu étranglé, calme le jeu pour lancer le solo de clavier de Kooper sur une basse-batterie impeccable, Al passe en couches Hammond lipidiques à la Ray Charles, les cuivres placent quelques soli rapides, c'est la production qui a pris le relais là, reviens Mike, quelques saillies finales d'une Gibson tour à tour excitée puis rassérénée, Mike ultra-chargé pourrait tenir toute la nuit, un shuffle chicagoan majestueux ["Albert's Shuffle"]... petit riffage sur claviers avec accords fluets et c'est Bloomfield qui enchaîne avec un solo croustillant à souhait, lumineux, un peu rageur, des tirés magiques, bien crunchy, la basse en bavardage sixties s'autorise quelques accélérations, les cuivres en overdubs par-dessus pour faire le liant, Al déverse sa sauce de claviers riches, prend même le solo, on calme la chose, une poignée d'accords planants, un peu d'Inde dans le solo de Bloomfield qui démarre en accords flutés, un feeling jazzy, Mike cherche, riffe, laisse Al prendre un second solo de claviers final, on laisse mourir, une bonne compo prétexte à la jam ["Stop"]...début soul avec cuivres pétants, chant en voice-over complice, guitare maigrichonne, des "yeah yeah", compo pop sur les affres conjugaux hippies, une basse qui ronronne, des cuivres qui ponctuent, Bloomfield absent ou presque, ça tourne gentiment, bientôt des cuivres gras et Brooks à la basse qui sautille, une envolée cliché sur le pont, ambiance "I know I've got to be strong", "Choose my woman or you" et "Let your heart be your guide", sacrées fumelles, de la pop datée, des échappées de basse savoureuses pour les amateurs ["Man's Temptation"]... gratouillage graillonneux de gratte, basse ronde puis plaintes d'ondioline de Kooper aux claviers insupportables, proto-synthé orientalisant en entrelacs complexes, un long solo au son ringard sur arpèges ragaisants de Bloomfield, des drums jazzy qui donnent le ton de l'entrée de Mike après un douloureux feedback d'ondioline, Mike part en petites notes qui lorgnent furieusement vers du East-West, une basse enfin libre qui gambade, Al reprend le solo et nous fait du mal, part dans tous les sens avec un feeling pas négligeable, Mike prend enfin le solo attaquant dans les graves de sa Gibson majestueuse, des notes pulpées, une accélération jouissive, puis des petites notes triturées, Harvey fait l'aller-retour dans les octaves, Mike s'énerve, s'embourbe un peu, repart en schuss pour une descente de manche vertigineuse, se vautre dans des outrances suffoquées, reste fluide, riffe un peu pour reprendre son souffle et laisser la place à Al, à l'orgue Hammond cette fois ouf, la basse de Harvey est superbe, même un solo de drums classe mais avorté avec bientôt une reprise de solo par Bloomfield en notes pures, diaphanes, presque aquatiques, le tout menace quand même sérieusement de verser dans le fossé, Harvey assure une basse splendide en tous points, annonce, anticipe, grandiose, les claviers en lave fusionnel, on finit que sur Mike ou presque, superbe ["His Holy Modal Majesty"]...blues de Chicago, le retour, basse-drums parfaits, Bloomfield en notes resplendissantes qui éclatent copieusement, se tordent, tout en fluidité aggressive, travaille autour de phrases, et toujours cette superbe tonalité, Al prend le relais avec un solo de claviers bien rythmé et plutôt inventif, qui speede, se répand large puis lâche quelques pointes de vitesse, le break de drums de Hoh d'une classe folle, bien vif pour relancer le solo, Harvey est d'une finesse dingue, Al barbote un peu dans son orgue, tiens Mike à la rescousse en notes tirées, un peu fatiguées, sans jamais hausser le ton, puis réattaque sur un aigu splendide, quelle émotion, Bloomfield au sommet, Bloomfield drogué, Bloomfield hospitalisé ["Really"]... du folk-rock dylanien bien pêchu avec une insertion splendide de Hoh aux drums, grattes gentiment astiquées, la basse bien en avant, trop peut-être, sa ligne reprise par l'orgue fuzzant de Al, les drums à la fête, choeurs bien travaillés, Stills à la gratte place des micro soli dans les rares espaces de récréation d'une compo bien cadrée, parvient à balancer un solo country rock magnifique, au son savamment étouffé, sur une basse qui palpite, puis bientôt un autre, d'une perfection instinctive, un break et on balance la sauce, du travail de pros, littéralement ["It Takes A Lot To Laugh, It Takes A Train To Cry"]...Donovan investi par Stills, revisité, réapproprié, détroussé par sa wah-wah blanche formidable, une entrée de drums géniale, marque des grands, les claviers qui riffent en son Hammond, la basse qui se place l'air de rien, les cuivres qui s'invitent, Hoh inventif et discret, du funk en bref, puis l'explosion du refrain sur un tapis d'orgue avec un aigu de gosier étranglé et Harvey en grosse basse, on retombe sur la wah-wah créative, sensible, dégadgetisée, présente mais pas démonstrative de Stills qui cocotte, quelques grondements à la basse, un feu d'artifices de cuivres syncopés, c'est Stills qui garde la main avec sa wah-wah intarissable, en équilibre parfait entre solo et rythmique, une cohésion de studio impressionnante, solo de Kooper qui se reprend à la voix sur les giclées de Stills, les cuivres qui partent dans les graves, le clavier qui se lance, on revient au bercail avec la basse rassurante de Harvey et le beat impeccable, Wattsien de Hoh, encore un peu de wah-wah limpide et argentée de Stills, en forme, qui bavasse et rebondit en sonorités caoutchouteuses, funkise et se déwah-wahise progressivement à la fin, un accord tremblant, le sommet ["Season Of The Witch"]... du Stills hendrixien tout en compression avec un riff bourrin, du flanger qui dégueule de partout, les drums qui se font rock, la basse en-dessous dans le mix une fois n'est pas coutume, Hoh s'amuse à être lourd comme du Cream, des charleys stridents pour aérer un peu, Stills en solo hendrixien à la "Crosstown Traffic", derrière ça rape dur en flanger hystérique, on finit en décélérant, une pépite faussement hard ["You Don't Love Me"]... coda jazzy, Beck et Max Middleton s'en souviendront, un solo de sax basse velouté, tonalité mélancolique, en mode mineur, ambiance fin de soirée, quelle classe, une basse qui s'épanche mais reste digne, des cuivres en plus, les claviers nostalgiques, un solo de basson sax ténor, puis alto, le grand Harvey, fin en accords ponctués ["Harvey's Tune"]... Down: Cherchez pas, tout est dans le titre...

 

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