par l'auteur du Rock pour les Nuls

des 100 Meilleurs Albums de rock
de Take One, les producteurs du rock
et de Paul Personne, des vies en blues

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09-10-2007

Pamela Des Barres & Friends: Caught With Meat In Your Mouth

Du gros rock qui tâche cette semaine, quitte à entamer la réputation de subtilité de nos colonnes, avec un tour d'horizon des groupies, sur les talons (hauts) des sulfureuses et pulpeuses Pamela Des Barres, Cynthia « Caster » Plaster, Bebe Buell et consorts... S'il n'est pas vérifié que le rock, lui, en sorte grandi, gageons que des vocations ici émoustillées pourraient renaître de leurs cendres à la lecture des chaudes aventures, certes un rien sordides, des faiblesses charnelles de nos musiciens préférés - et puis, sous la pression populaire, on fera enfin le clair sur cette satanée histoire de bébé requin sans cesse repoussée en laissant de côté - nous avons notre pudeur - les histoires canines autrement plus glauques... Le rock sans groupies ? La belle affaire... Pas chien, celui-là rendit tôt hommage à celles-ci d'ailleurs... Du gargantuesque « Whole Lotta Rosie » d'AC/DC au déjà amer « It's So Easy » des Guns, nos rockers ont rarement résisté à la tentation de pondre quelques couplets souvent amusés, rarement déférents, à l'endroit de leurs délurées compagnes d'un soir... Grand Funk Railroad, trio cro-magnon du Michigan trop vite méprisé, lançait ainsi en 1973, un clin d'oeil appuyé à une généreuse « Sweet Connie » dans son titre-programme « We're An American Band »... Identifiée sans peine comme Connie Hamzy, from Arkansas, émérite croqueuse de drummers, la débauchée demoiselle dévora tout ou partie de messieurs Moon et Bonham sans s'interdire, à l'occasion, un Vincent Furnier pas encore star ni même un jeune gouverneur états-unien, futur Président entre 1993 et 2001, en tout cas si l'on en croit sa biographie non autorisée... Sa réputation locale bientôt gênante, la Miss mit d'ailleurs un point d'honneur à remporter un procès qui lui permit de continuer à exercer en parallèle son job d'institutrice...Nos incontournables Rolling Stones, eux, quand ils ne filmaient pas une partie fine à peine consentie à bord de leur avion sous le délicieux titre de « Cocksucker Blues », exprimèrent leur gratitude envers les girls dans une poignée de leurs titres, dont le fameux « Star Star » (aka « Starfucker ») et son Mick au sommet d'une obscénité gouailleuse faussement choquée (« Yeah, I heard about you Polaroid's / Now that's what I call obscene / Your tricks with fruit was kind a cute / I bet you keep your pussy clean ») précisée d'un name-dropping jovial (« Yeah, Ali McGraw got mad with you / For givin' head to Steve McQueen »)... Sur le fabuleux Exiles On Main Street, « Rip This Joint » mentionne une Butter Queen difficilement oubliable, référence à une certaine Barbara Cope, groupie texane au tableau de chasse pas forcément exigeant (Mick, of course, mais aussi Donovan, David Cassidy, Joe Cocker et, euh, Elton John)... « Butter Queen » ? Comment dire ? Miss Barbara se targuait d'exhaler, au plus fort de ses échauffements margarinés, une odeur de pop-corn qui donnait une indéniable dimension cinématographique à ses charnelles prestations... Mais point besoin d'être mauvais garçons patentés pour croquer du gâteau : reclus dans le Studio Three d'Abbey Road pour enregistrer « Across The Universe », à qui John et Paul font-ils appel, en 1968, pour atteindre des notes falsetto interdites à leurs masculines glottes ? On a les noms, on balance : Lizzie Bravo, une Brésilienne de 16 ans et sa copine Gayleen Pease, un an de plus... Les deux nanas en question faisaient d'ailleurs partie d'une honorable congrégation de groupies, les « Apple Scruffs », fans absolues des Fab Four postées, l'essentiel de leur temps, en face des studios Abbey Road, à guetter l'apparition d'un des scarabées... George Harrison dut tout de même attendre d'être en solo pour leur rendre explicitement hommage dans son titre « Apple Scruffs » sur le superbe triple album spectorien All Things Must Pass...Autre club fermé de groupies, autrement culte celui-là : les GTOs... « Girls Together Outrageously », « Girls Together Occasionally », « Girls Together Only » voire « Girls Together Often », on l'aura compris, les filles avaient à coeur de rester ensemble - voire plus si affinités, disent certains... Créées artificiellement par un malicieux Frank Zappa, dont la symbiose avec le public féminin trouva, des années plus tard, une forme de consécration dans la création d'un gigantesque drap composé des centaines de petites culottes envoyées sur scène par les fans en transe, les GTO's étaient un pur objet d'étude sociologique du Maître qui poussa le gag jusqu'à leur faire enregistrer, avec l'aide improbable de Jeff Beck, un album, Permanent Damage, dont la médiocrité surprit jusqu'aux amateurs des Monkees... Les GTO's ont même ouvert, sous le nom de Laurel Canyon Ballet Company, quelques concerts des Mothers Of Invention - quand on sait qu'aucune d'entre elles n'était musicienne... La plus stupéfiante de ces camées, c'est bien sûr Miss Christine, de son vrai nom Christine Frka, copine d'un Vincent Furnier pas encore au top, donc, qui apparaît sur la pochette de Hot Rats sous des traits morts-vivants prophétiques et qui mourra d'overdose au « Modern Lovers » au fin fond du Massachusetts en 1972... La Miss Christine fut aussi l'une des baby-sitters de Moon Unit Zappa, le Maître confiant traditionnellement cette délicate tâche à des groupies... Enfin, les GTO's, c'étaient aussi Miss Mercy, Miss Lucy, Miss Sparkie, Miss Cynderella et Miss Sandra, un peu filles des rues, un peu reprises de justice, beaucoup junkies, on l'a compris...C'est toutefois une autre GTO qui accéda à une espèce de statut culte, éclipsant jusqu'à la pauvre Miss Christine... Egalement baby-sitter zappaesque, icône absolue de la Grande Sororité Des Groupies Rock, Pamela Des Barres, née Miller, truste la première marche du podium dans le coeur de tout groupieologue qui se respecte... Ses trophées ? Zappa, bien sûr, et puis Beefheart et Alice Cooper du coup pour rester en famille, mais aussi Jim Morrison, Robert Plant, Rod Steward, Noel Redding, Keith Moon, Gram Parsons... Elle a traîné longuement en 1969 avec Jimmy Page qui en faisait plus ou moins sa petite amie du moment, la Pamela espérant secrètement un mariage avec le méphistophélique Londonien... Dans des mémoires secouants, I'm With The Band, elle les liste tous, vous privez pas - en gardant à l'esprit, pour plus de fun, que pour une idole dégorgée, il faut toujours compter deux ou trois roadies en amuse-gueule... Nous, on a plutôt un faible pour cette émouvante séquence de retrouvailles avec Robert Plant où le fringuant quinqua, maniant avec une efficacité intacte cette ironie unique malheureusement absente des lyrics du Dirigeable, lui confie à l'oreille mais devant les caméras : « I still suffer from the same premature ejaculation problem... » Et l'art dans toute cette débauche, quand même ? Préservé, nous sommes heureux de le confirmer, grace aux bons soins de la fameuse Cynthia « Plaster » Caster, immortalisée elle aussi d'ailleurs par un titre, de Kiss en l'occurrence, « Plaster Caster » tiens, justement... Un peu étudiante en art, un peu vierge pas super effarouchée, la prude fan s'est rendue célèbre, on le sait, en sculptant amoureusement les membres virils de quelques rockers sixties dans d'accueillants moules d'alginate... Elle réalisa son premier forfait en 1966 à l'occasion de Travaux (pas trop) Dirigés - fiasco, aucun rocker du coin ne voulant se prêter à l'expérience mais bon an, mal an, la petite se fit connaître et accéda enfin au divin avec un cobaye d'exception, Jimi Hendrix... Malgré un accident douloureux au moulage, dont on vous laisse chercher le descriptif, le résultat dépassa en qualité et en quantité toutes les espérances de l'attentionnée mouleuse qui précise toutefois le plus sérieusement du monde que la sculpture alginatée de Wayne Kramer, du MC5, malheureusement tronqué lors d'un démoulage castrateur, était autrement plus imposante...Alors groupie ou artiste ? Cynthia a la réponse : « What is a groupie and what isn't a groupie? That is a long, involved answer. Even though I may not be actively a groupie at all times, I feel like I've got groupie in my blood. Not that I'm about to join Groupies Anonymous anytime soon. But I'm also an artist and a collector. And a fan. »... En bref, le tout est en vente, pour des prix à portée de toutes les bourses sur le site de la donzelle...[Bebe Buell, Alice Cooper et Todd Rundgren - Crosstown Traffic] Autre icône et top-model de son joli état, Bebe Buell qui mangea tout crû Iggy Pop, David Bowie, Elvis Costello, Stiv Bators, Steven Tyler et puis Todd Rundgren avec qui elle vécut un petit moment... Un peu de people ? La mignonnette Liv Rundgren, prétendument fille de Bebe et de Rundgren, dut à une rencontre plus ou moins fortuite, backstage après un concert d'Aerosmith en 1986, avec Steven Tyler qui lui présenta sa propre fille Mia, aux traits étrangement familiers, de comprendre sur le tard que son vrai père était en fait le lippu chanteur d'Aerosmith... Rebaptisée Liv Tyler quelques années plus tard, la belle connut un destin cinématographique plutôt conciliant dont, personnellement, on se fout royalement. D'autres ? On craint tomber dans le listing un rien sordide et puis, tant du côté des clients - Led Zeppelin, les Who et les Stones - que des heureuses élues - la Renée violentée du Stones Touring Party se fraiera vaillamment un chemin, plus tard, jusqu'aux braguettes des Faces et d'Edgar Winter tandis que Sable Starr s'allongera pour les trois Stooges, Johnny Thunders et Richard Hell -, on tourne toujours un peu en rond... Nos amis rockers le sentent bien d'ailleurs, qui redoublent d'ingéniosité pour tromper leur ennui charnel et inventent des animations érotico-ludiques à refroidir les ardeurs d'un Rocco... Champions toutes catégories confondues dans la perversité, Led Zeppelin dont la créativité est confirmée par notre copine Cynthia, la spécialiste des turgescences sculptées à la force du poignet : « They were horrible. Some, not all. The fame went to their heads. Rather than embrace groupies, they raped and pillaged their way across America. Not all of the band, it was mostly John [Bonham], Robert [Plant], and their road manager Richard [Cole]... »Ce qui nous amène tout naturellement à notre histoire de bébé-requin, ou de murène d'ailleurs selon les versions... Si on est loin des bacchanales de Mister Page avec dogue allemand invité à une partie fine improvisée, on approche difficilement de la kermesse de fin d'année... Les versions circulent mais on a fini par se stabiliser autour de ça : Seattle, 28 juillet 1969, deuxième tournée de Led Zeppelin en compagnie de Vanilla Fudge, l'Edgewater Inn et sa célèbre pièce d'où l'on peut pêcher directement de l'hôtel ses propres poissons, une groupie éméchée, un squale miniature dont le museau est inséré dans deux orifices très proches, narines exclues... Dans Hammer Of The Gods, de Stephen Davis, c'est Richard Cole, qu'on est en droit de suspecter de révisionnisme, qui s'attribue la responsabilité de la chose, balayant d'un revers de main la participation éventuelle des jeunôts du Dirigeable et précisant qu'en fait de requin, il s'agissait d'un vivaneau, plus raccord avec la toison de la rouquine... Dans l'éminent magazine Q, Carmine Appice, batteur de Vanilla Fudge idole de Bonham, lui, donne une version légèrement différente : une groupie à lui qui voulait être filmée, la porte ouverte, le manager de l'hôtel qui flippe, et la fille qui va prendre une douche chez John Paul Jones - pas encore traumatisé par son expérience « Royal New Orleans » mais ceci est une autre histoire... -, la donzelle qui met son peignoir puis rejoint la loge de Tim Bogert, bassiste et pote de Carmine, avec qui il prenait le thé... Les choses dégénèrent, sont filmées par l'organiste de Vanilla Fudge, Mark Stein, mais là, Carmine se tait et ne consent qu'à avouer, sans plus de détails, que la chose fut horrible...Le film fut racheté par un membre de l'entourage de Vanilla Fudge ; quant à Appice, il raconta la chose le lendemain à Frank Zappa à l'aéroport de Chicago qui, perversologue patenté, y consacra un titre improvisé en concert au Fillmore East, en juin 1971, le délicieux « Mudshark » sur le dialogue improvisé duquel on vous quitte : « There's a motel in Seattle, Washington, called the Edgewater Inn... The Edgewater Inn is built out on a pier... so that means that when you look out your window you don't see any dirt, it's... got a bay or something out in your backyard... And to make it even more interesting, in the lobby of the aforementioned motel there's a bait and tackle shop where the residents can go down and, whenever they want to, rent a fishing pole and some preserved minnows and schlep back up to their rooms, open the window, stick their little pole outside and within a few minutes actually catch a fish of some sort that they can bring into their motel room and do whatever they want with it, you know what I mean?... Now in this bay there's quite a variety of... fish!.. Not only do they have mud sharks up there, they got little octopusses that you can catch... And all of these denizens of the deep can come in real handy... Let's say you were a travelling Rock and Roll band called The Vanilla Fudge... let's say one night you checked into the Edgewater Inn with an 8mm movie camera... Enough money to rent a pole, and just to make it more interesting... A succulent young lady! With a taste for the bizarre... »

 

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