par l'auteur du Rock pour les Nuls

des 100 Meilleurs Albums de rock
de Take One, les producteurs du rock
et de Paul Personne, des vies en blues

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07-10-2006

Phantom: Half A Life

Qui est donc ce mystérieux « Phantom », chanteur de son état, qui, en 1974, revint hanter le rock sous les traits approximatifs d'un James Douglas Morrison pourtant décédé trois ans plus tôt dans une baignoire de la rue Beautreillis à Paris ? La mort du Sinatra rimbaldien avait alors donné lieu, bien avant celle d'Elvis, aux hypothèses les plus proprement délirantes - celle du cancer du pénis reste, pour d'obscures raisons, notre préférée - mais avait surtout fourni du grain à moudre à nos bons vieux conspirationnistes pour qui Morrison avait orchestré sa propre mort, factice naturellement, pour échapper à un star-system par trop aliénant... On reviendra probablement un jour ici sur ces hilarantes théories développées - et pour certaines soutenues aujourd'hui encore - par ces ados paranoïaques sans qui la mythologie rock perdrait probablement une part de sa saveur mais, pour l'heure, tenons-nous-en à notre énigmatique Phantom qui poussa la malice jusqu'à enregistrer un album, encore disponible, sous le nom de Phantom's Divine Comedy, Part I... A la première écoute, cette voix puissante et racée, cet orgue badin californien, ces passages déclamatoires un peu pompeux : pas de doute, on tient là le cultissime album perdu des Doors...En fait, n'en déplaise aux nostalgiques morrisoniens de tous crins, non. L'album est un pastiche, une parodie, un faux en somme - et d'ailleurs pas le seul de l'époque, riche en tribute bands douteux (Soft Parade, Crystal Ship, L.A. Woman...) promis, dès la première note, à un anonymat durable et mérité. Certains détails troublants pourtant distinguent ce Phantom's Divine Comedy, Part I du tout-venant discographique généré par la dissolution des Doors et la mort de son chanteur : le nom de l'artiste tout d'abord, sépulcral à souhait, la photo de pochette ensuite avec ce visage évoquant vaguement Morrison et puis la voix, singulièrement proche de celle de notre rock-poet de Venice, CA, dans ses derniers enregistrements rincés au Jack Daniel's, du moins... Les sonorités des titres également et puis l'absence intrigante de crédits à « Bass: W, Y&W, Organ, Piano: Z »... Il n'en fallut pas plus pour que se répande la folle rumeur : James Douglas Morrison est toujours vivant et a enregistré un nouvel album avec ses potes Manzarek, Krieger et Densmore... Pourtant à y écouter de plus près, le timbre très évocateur de l'énigmatique chanteur, aux accents effectivement très morrisoniens, ne l'est véritablement que sur une poignée de titres, le reste de l'album ne laissant aucun doute : on a affaire à un pâle ersatz de Morrison... Et puis les titres eux-mêmes, putassiers et racoleurs, de « Stand Beside My Fire » à « Calm Before The Storm » comme autant de signes lancés aux fans éplorés... Quant aux paroles, qu'on tienne Morrison pour l'énième charlatan de la littérature américaine (qui en compte certes beaucoup) ou qu'on soit convaincu qu'il est de la trempe d'un Allen Ginsberg, il est douteux qu'on puisse lui attribuer des paroles aussi navrantes que celles qui parcourent ce disque spectral dont les thèmes mêmes à magie noire, magie blanche et même... Merlin l'enchanteur à fleurent le mauvais hard-rock teenager...Cela n'a pas empêché certains de continuer à croire à cette absurde légende même quand on comprit que Capitol avait cyniquement monté ce groupe de toutes pièces pour rabattre les fans perdus et tirer parti de l'ambiguïté de la situation... La tentative d'interdiction de l'album par Elektra, la maison de disques historique des Doors, ne fit qu'accroître le buzz d'ailleurs... Le bruit courut enfin que le FBI avait fait analysé les pistes vocales du disque et, les comparant avec les enregistrements officiels des Doors, avait conclu que c'était bel et bien le même homme, quel qu'il soit, qui officiait au micro... Quant la supercherie fut trop grossière pour être raisonnablement poursuivie, il fut tout de même des journalistes à et des musiciens à pour soutenir que c'était Iggy Pop lui-même qui tenait le micro sur le disque à confessions improbables de l'ex-leader des Stooges à l'appui ... En fait, le chanteur, un certain Tom Carson, resta parfaitement inconnu, mais réussit tout de même, semble-t-il, à taper le bœuf un soir avec... Ray Manzarek et Iggy Pop. De Jim Morrison, depuis, aucune nouvelle mais nous y reviendrons... On écoute un titre ? (Merci à Shebam Blog Pop Wizz pour la suggestion...)

 

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